avril 2, 2021

Thierry Geerts, patron de Google Belgique, nous parle du futur digital

Par andy1712


Y a t-il des domaines où le digital n’a pas sa place ?
A table : chez moi, j’interdis l’utilisation du téléphone durant les repas. Maintenant, est-ce que cela signifie que le digital y est totalement absent ? Pour l’instant, oui. Il n’est en tout cas pas « physiquement » présent lors de ces moments.

Comment déconnectez-vous ?
De 22 h 30 jusqu’à 7h, mon téléphone ne reçoit plus aucune notification. Je peux encore l’utiliser, mais je n’entends pas les « ping » et je ne vois pas les notifications. Et ça fait du bien. J’utilise aussi une application qui me permet de contrôler le temps que je passe sur les réseaux sociaux et je veille à respecter la limite que je me suis fixé. Sinon, pour une vraie déconnexion, ce que j’adore, c’est faire mes valises et m’offrir un city-trip… en Belgique, à Liège, Mons, Gand, Bruges, etc.  Il ne faut pas aller loin pour voir des choses formidables. Beaucoup de Belges s’extasient sur la gare de New York, mais ont-ils jamais vu celle d’Anvers, qui est magnifique ? On possède aussi des tas de musées extraordinaires. Et au niveau de la gastronomie, on a de nombreux établissements de qualité à tous les prix.

Vous êtes un parfait porte-parole du staycation en somme !
Ah mais totalement (rires) Et je le pratiquais déjà bien avant le confinement, mais disons qu’il l’a renforcé. J’ai par exemple, pour la première fois de ma vie, séjourné à l’hôtel dans ma ville, Anvers. C’est une expérience que je conseille à tous. Vous redécouvrez vraiment votre ville.

A quels objets restez-vous très attaché ?
Au quotidien, j’ai encore toujours un stylo sur moi en permanence, alors que j’écris beaucoup moins qu’avant. Je n’utilise par contre plus d’agenda papier ni de montre depuis des années. Par contre, je suis très attaché à des objets que je n’utilise pas tous les jours ; c’est plus de l’ordre de la nostalgie. Je conserve dans mon grenier tous les jouets de mon enfance, impossible de me débarrasser de mes collections de Lego ! J’ai, durant les années 80, été DJ, je possède encore tous mes vinyles de l’époque et mes platines. Ce qui est amusant, c’est que mes enfants les ont redécouverts et les écoutent. Je roule dans une vieille Fiat 850 Spider décapotable des années 60, à laquelle je tiens énormément. Je me la suis offerte pour mes quarante ans. Pour l’anecdote, c’est le même modèle que celui que conduit l’héroïne de bande dessinée Natacha, l’hôtesse de l’air. Il faut savoir que je suis un grand fan de BD. J’en ai des tas. J’ai aussi tous les exemplaires du magazine Spirou depuis que je suis enfant. Je suis incapable de lire un roman le soir, par contre, savourer quelques planches de Geluck ou de Franquin, j’adore ! Voilà d’ailleurs encore un endroit où il faut proscrire le digital : le lit, surtout au moment de se coucher ; consulter ses réseaux sociaux avant de s’endormir est une très mauvaise chose, ça stimule le cerveau et freine l’endormissement. Par contre, une BD, ça détend.

Quelles sont, pour vous, les œuvres de fiction qui ont été, ou sont encore, les plus réalistes par rapport à l’évolution technologique ?
C’est marrant parce que je me souviens justement d’avoir un jour lu une aventure de Yoko Tsuno, où elle recevait une espèce de télécopie. Je m’étais dit « Ca, c’est n’importe quoi, ça n’arrivera jamais ». Or quelques années plus tard, le fax est apparu. Il y a des films qui me fascinent pour la façon dont ils ont visualisé l’évolution du monde. Avec un bémol toutefois : ils montrent toujours le côté négatif de ces évolutions, leurs dérapages. Prenez « 2001, L’Odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick. Il parle bien avant l’heure d’ambient computing et de l’interaction avec l’intelligence artificielle, mais au lieu de montrer à quel point cela aide l’Homme, il en fait un film où la machine prend le contrôle et écrase l’humain. Idem, dans « Minority Report » de Steven Spielberg, je trouve extrêmement intéressant de se plonger sur la possibilité de prédire les actes criminels et les empêcher, mais là encore, ça vire au thriller hollywoodien. En fait, tout est un peu comme cela dans la vie aussi : on a l’impression que quand tout se passe bien, sans rien qui fasse peur, ça n’intéresse personne !  On y revient : il faut surmonter la peur, poser un regard constructif sur les choses !